Procès de Gbagbo et Blé / au terme de son témoignage : Ces ‘’secrets d’Etat’’ que Mangou a dévoilés .Comment Gbagbo a préparé sa chute

Publié dans Politique
jeudi, 05 octobre 2017 00:00
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Entamé le 25 septembre le témoignage de Mangou Philipe, ex-chef d’Etat-major (Cema) devant la Cour Pénale internationale (Cpi) a pris fin ce jeudi 5 octobre. ‘J’ai tout simplement dit ce que j’ai fait, vu et entendu et tout ce que les autres ont fait, en m’appuyant sur mon serment Qui dit que tu ne mentiras point, tu ne diras point de faux témoignages contre ton prochain....

je l’ai fait sans contrainte et en toute liberté et évitant de me camoufler, quand on a la vérité à dire on ne se cache pas. Je suis venu  témoigner non pas pour condamner qui que ce soit. Je l’ai fait pour que la vérité soit sue de tous, afin que plus jamais, notre pays ne tombe dans l’abîme  de l’histoire.(…)  Je demande pardon au nom de toutes les FDS et en mon nom personnel à toute la communauté ivoirienne pour tout le désagrément que nous avons causé durant la crise...A Gbagbo et à mon jeune frère Blé Goudé, je demande au seigneur de vous inspirer pour vous accorder la sagesse de Salomon  …», a dit en substance l’ex Cema pour clore ses propos.

Mangou Philippe, un sachant…

Pendant une dizaine de jours, le général Mangou a démontré qu’il est un sachant. Son témoignage aura été le plus suivi et commenté depuis l’ouverture du procès de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé. En terme d’informations, l’opinion nationale et internationale a été instruite notamment sur des non-dits pendant la crise post-électorale : entre autres, la provenance des "mercenaires" et leur présence dans les rangs de l'armée Ivoirienne, l’abdication de notre armée, les tractations et les implications dans certaines tueries (Femmes d’Abobo), etc... En effet, le général Philippe Mangou, 65 ans, a été un acteur majeur de la crise postélectorale. Chef d’état-major des armées nommé en novembre 2004 par Laurent Gbagbo, il a occupé ce poste jusqu’en mars 2011, quelques semaines avant l’arrestation de l’ex-chef de l’État, le 11 avril 2011, par les ex-Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI, loyales à Alassane Ouattara), appuyées par la force française Licorne. Et son passage devant la cour, il a montré qu’il est un sachant. Mesurant ses mots et détaillant à souhait ses propos. Dès l’entame de l’audience, visiblement à l’aise, le général Mangou a laissé entendre aux juges que de nombreuses informations sensibles ne lui étaient pas remontées, quand bien même il était le chef d’état-major des armées. Il a surtout fait remarquer que certains officiers supérieurs de l’armée, en l’occurrence le général Bruno Dogbo Blé qui l’a remplacé à la tête de l’état-major des armées (et qui a été condamné en avril dernier par un tribunal d’Abidjan à 18 ans de prison dans l’affaire du rapt du Novotel) prenaient directement leurs ordres auprès de l’ex-couple présidentiel. Voici en détail ce qu’il a dit de ses rapports avec Laurent Gbagbo, de ses relations avec ses anciens collaborateurs au sein de l’état-major des armées, de l’armement des ex-Forces de défense et de sécurité (FDS, restées fidèles à Laurent Gbagbo lors de la crise de 2011)… « Lors de la crise postélectorale, on avait deux grandes entités. Les unités qui étaient sur le théâtre des opérations dont le commandant de théâtre était le capitaine de vaisseau major Konan Boniface. Les unités qui avaient été formées et déployées dans tout Abidjan y compris Abobo pour la sécurisation de la ville d’Abidjan, et pour l’intervention au niveau d’Abobo qui, elles, étaient placées sous l’entière responsabilité du général de brigade Détho Letho Firmin. Ces deux officiers étaient sur le terrain avec leurs hommes. Chacun faisait sa planification, sa conduite des opérations. Le chef d’état-major que j’étais, était à l’état-major dans un Centre opérationnel qui lui est propre, le CPCO qui est le Centre de planification et de coordination des opérations et non de conduite comme cela a été dit ici. Moi, j’étais à l’état-major, ma guerre à moi, je la faisais sur la carte en fonction des renseignements de terrain que me donnait Konan Boniface qui est sur le théâtre des opérations et le général Détho Letho en ce qui concerne la gestion des unités au niveau d’Abidjan. Donc, je jouais un rôle de coordinateur, je coordonnais leurs actions. »

Des révélations troublantes…

 Mangou a touché les sensibilités dans tous les camps impliqués dans cette crise : le camp Gbagbo, FRCI, ex-rébellion, forces impartiales…. Ce qui lui a valu par moment des envolées de bois vert de part et d’autre. Mais il est resté égal à lui-même : le verbe haut, la fleur au fusil, une grande estime de soi, propre sur lui, prêt à porter la réplique dès que son honneur de Général est en cause .Il a  ses vérités avec  passion et conviction.  Une chose est sûre. Mangou a dévoilé les causes profondes de la fragilité de nos  Etats, de nos armées et les fautes de gestion des affaires publiques de nos dirigeants. Ses révélations  ont douché bien d'espoirs placés dans le contre-interrogatoire des avocats de la défense. Et mis en exergue les failles de la politique de Gbagbo, qui comme l’opinion a pu le constater dans les propos de l’ex-Cema  n'a, en réalité, jamais été le redoutable stratège politique. Des erreurs politiques qu'il a payées cash, comme financer par inadvertance le ‘’commando invisible’’, nommer Guillaume Soro, Premier ministre et croire que celui-ci ne le "trahirait" pas, même en cas d'usurpation du pouvoir, aller aux élections sans désarmement et croire que les rebelles ne descendraient pas au sud, en cas de conflit armé… « Devant Dieu, devant la justice des hommes, il n’est pas juste de faire porter aux autres la responsabilité de certains conseillers du président Laurent Gbagbo. Surtout de leurs erreurs. Et les erreurs de ce genre, il y en a eu beaucoup. Voilà comment nous étions manipulés à nous battre, à nous entre-tuer avec nos frères. Qu’ils nous soient venus des pays étrangers, on se retrouvait avec eux, on discutait avec eux, on leur donnait des moyens et qui se retournaient contre nous. Voilà aussi quand il y avait l’accalmie, on mettait le feu et quand il y avait le retour de la manivelle, on criait à la victime. Ces exemples, j’en ai ! Donc maître, pour répondre à votre question, effectivement, il y a eu infiltration de ces anciens rebelles dissidents comme lui, qui sont arrivés. Et si vous avez bien suivi tout et que vous écoutez bien le film, vous comprendrez bien qu’ils disputent la paternité du commando invisible à IB. Parce que, disent-ils, c’est eux, ce n’est pas IB. Donc à leur niveau, il y a un problème. Donc quand on parle du commando invisible, on a tendance à regarder dans le camp Ouattara, non ! », a dévoilé Philippe Mangou.  Le  témoignage  de Mangou vaut son pesant d'or pour aujourd'hui et pour demain. Les populations Ivoiriennes devront  tirer des leçons de ce passé douloureux pour bâtir une nation forte, loin des bras du clientélisme. Les soldats devront comprendre que l'armée est une institution républicaine .Elle  doit être au service de l'Etat et non au chevet d'un candidat. Le témoignage de Mangou, faut-il le rappeler, vient après ceux d’autres généraux clés du dispositif sécuritaire mis en place par Laurent Gbagbo. Les généraux Brédou M’Bia, ex-directeur général de la Police, Georges Guiai Bi Poin, commandant de l’ex-Centre de coordination des opérations de sécurité (Cecos, unité mixte d’élite) et Édouard Kassaraté, ex-commandant supérieur de la gendarmerie, ont davantage usé de la langue de bois, évoquant même par moments, pour le dernier cité, des trous de mémoire. La page Mangou tournée, le procès de  Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé reprendra avec le témoin 584 le 11 octobre prochain.

Abou TRAORE

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