A la découverte du premier laboratoire numérique : Comment un informaticien fabrique des ordinateurs à partir de bidons

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Publié dans High Tech
samedi, 25 février 2017 00:00
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Baby Lab. C’est le nom que porte ce laboratoire de fabrique d’ordinateurs et de conception de logiciels libres. Techniquement, l’on parlera de FabLab pour désigner l’atelier ou le laboratoire de fabrication numérique situé dans la commune d’Abobo

, dans le périmètre de la cité Universitaire – à l’abandon.

Sur la clôture d’une villa qu’occupe BabyLab, à l’angle d’une rue, des ouvriers viennent de finir, à l’aide graviers, le logo tenu dans un fond blanc. Dans les locaux que nous visitons le 22 janvier 2016, Obin Guiako,  co-fondateur et président de BabyLab, est en pleins travaux de réaménagement. Un mur est cassé pour permettre un accès plus grand à l’entrée principale. C’est la maison qui l’a vu naître. Ses parents ont délocalisé à Yopougon pour voir grandir Babylab. Obin en a fait un espace de libre fabrication numérique et d’utilisation de logiciels libres.

BABYLAB, LE PREMIER LABORATOIRE NUMERIQUE DE COTE D’IVOIRE

Des Fablab, il en existe sur tous les continents. En Côte d’Ivoire, Babylab est le premier laboratoire d’Abidjan. Baby est connu des Ivoiriens pour être le surnom de la ville d’Abidjan et Lab est un terme anglo-saxon qui désigne un espace ouvert à toute personne désireuse d’apprendre le numérique et ses nouveaux métiers. «C’est comme si Babylab est en quelque sorte le laboratoire d’Abidjan», présente Obin Guiakou.

Informaticien de formation, Obin est un produit des Sciences fondamentales appliquées de l’Université Abobo-Adjamé. Il est le représentant de la Côte d’Ivoire au programme Next Einstein Forum, initié par l’Institut africain des Sciences et des mathématiques basé en Afrique du Sud – programme qui consiste à propulser l’innovation africaine sur la scène mondiale.

Ses connaissances en informatique, Obin les approfondira en suivant les cours dans une Grande école à Abidjan. C’est suivant des cours ouverts à tous gratuitement, donnés en ligne en 2014 sur la fabrication numérique et proposés par l’Institut des mines et télécom en France que Obin découvre ‘’ce monde fabuleux des Fablab’’ – un concept né aux Etats-Unis qui a pris de l’ampleur.

Parce que le ‘’concept est bon’’, avec des amis, Obin créé, en juillet 2014 à Abidjan en Côte d’Ivoire, le premier Fablab. Ce qu’il adapte aux réalités ivoiriennes ‘’pour pouvoir contribuer au développement numérique’’ en Côte d’Ivoire. Ce n’est pas fortuit que le président de BabyLab s’installe à Abobo parce que ‘’l’idée, pour Obin, est de partir d’un modèle de développement qui prend en compte les quartiers populaires’’ où il y a peu d’infrastructures d’accès au numérique.

Généralement, précise Obin, dans les Fablab, l’on trouve des imprimantes 3D,  des faiseuses numériques, des découpeuses laser pour imprimer des objets. Les outils étant classés comme étant les équipements de la 3è révolution numérique. Cette technologie moderne  permet la fabrication additive d’un prototypage électronique. Quant à l’imprimante 3D de BabyLab, elle n’est ‘’malheureusement pas fonctionnelle’’. Ce don reçu d’un Fablab hollandais, ‘’des pièces ont malheureusement été retirées’’ à l’arrivée, à Abidjan. Qu’à cela ne tienne, grâce à des programmes de coopération, Babylab se dotera dans le premier semestre 2016, de ses imprimantes 3D.

IMPRESSION 3D A PARTIR DE RECYCLAGE DE DECHETS PLASTIQUES

A Babylab, Obin et ses amis prônent, à travers un projet, le recyclage des déchets plastiques en filament [matière première nourricière] pour faire de l’impression 3D.

Porteur de ce projet, Babylab et son président entendent faire des problèmes liés au réchauffement climatique une idée d’entreprise. «Les problèmes qui minent notre planète peuvent être utilisés comme des idées d’entreprise, encourage Obin. C’est-à-dire trouver des solutions, les vulgariser et élaborer un modèle économique».

Pour la fabrique d’ordinateurs et de conception de logiciels libres, la quarantaine de membres aujourd’hui de BabyLab se servent d’ordinateurs [normalement] destinés à la poubelle. Libres d’utilisation, ces ordinateurs qui ne sont pas sous licence, donc libres de droit, contiennent des systèmes libres. Recyclés, les différents éléments fonctionnels testés reprendront vie dans un bidon de 4 litres. Et, celui-ci [bidon] fera office d’unité centrale. «Cela contribue à la fracture numérique», se félicite Obin qui forme dans son laboratoire d’Abobo les enfants et autres ‘’personnes qui souhaitent découvrir le monde informatique’’.

Sa démarche, parce que la révolution numérique est déjà en marche dans les grandes nations, consiste à impliquer ceux-ci dans tout ce qui est innovation technologique.

Mais, à Abobo, elles ne sont nombreuses les personnes curieuses de savoir ce qui se passe au-delà de la clôture de Babylab. «Au départ, beaucoup s’interrogeaient du fait de la nouveauté du concept», se souvient le président de Babylab.

Situé à proximité de l’établissement Les cours sociaux, très peu d’élèves franchissent le portail.

«Nous avons procédé par les campagnes de plaidoyer en invitant la communauté locale à nos activités et expliquer le concept, animer des conférences. C’est encore difficile mais, on va y arriver», s’engage Obin qui voit sa maison prendre du volume. Une dizaine au départ, Babylab compte une quarantaine de membres. «C’est dire qu’au fur et mesure les gens comprendront mieux ce que nous faisons», se convainc Obin.

RAPPROCHER LE NUMERIQUE DU SYSTEME EDUCATIF

Pour rapprocher le numérique des écoles, Obin qui est Jeune leader du programme Bibliothèque sans frontières (Bsf- Campus) qui vise à inventer les bibliothèques de demain dans les pays d’Afrique francophone, prévoit d’interagir avec les écoles environnantes à partir du mois de février 2016. Par ces actions, il espère influencer les politiques publiques dans cette initiative. Il est prévu une sélection de trois écoles pour initier, au cours de l’année, les enfants au code informatique, à l’électronique et à la robotique. «Nous espérons toucher le plus grand nombre de personnes pour que ce genre d’initiative soit pris en compte au plus haut niveau et au sein de l’éducation nationale», projette Obin.

Pas amer contre les autorités ivoiriennes, Obin attend le moment opportun pour présenter les activités de Babylab. «Le fait de collaborer avec les autorités locales est d’une très grande importance par rapport à ce qui se passe au niveau international. Parce qu’ici, l’action est locale mais la vision est globale». Pour l’heure, Axelle Lemaire, ministre française en charge du numérique, est la seule autorité à avoir visité Babylab.

«Lors de son passage en Côte d’Ivoire en visite officielle, elle est passée nous voir. Nous avons eu notre premier soutien financier du gouvernement français», précise Obin qui a animé, en novembre 2015 en France, un atelier sur la gestion des déchets. Il y a été invité par la Cop11, la 11è Conférence mondiale des jeunes sur le réchauffement climatique. Aussi prendra-t-il part à la Cop 21 et d’autres conférences annexes. A Los Angwel, la ville pilote sur le développement durable en France, il se rend, anime des ateliers avec la population locale et parcourt les Fablab parisiens pour voir l’éventualité d’un programme de coopération.

Aujourd’hui, ‘’pour attirer le développement’’, la vision du fondateur de Babylab est de voir son modèle répliqué sur une grande partie de la population ivoirienne – surtout celles dans les zones reculées et défavorisées. L’avantage du Fablab étant l’adaptation aux besoins locaux, Obin Guiakou souligne qu’un ‘’Fablab à Abobo n’aura pas les mêmes réalités qu’un Fablab à Man’’.

D’où l’orientation qu’il donne – pour la population agricole – de pouvoir utiliser des outils numériques à leur disposition pour orienter le monde agricole et permettre le développement de l’agriculture.

Dans une politique de vulgarisation, le président de Babylab se dit prêt à accompagner tout type de projet dans ce sens et faire l’expérience avec d’autres populations locales. «Ce sont, soutient-il, des modèles très flexibles qui pourront être adaptables sur n’importe quel territoire».

Outre Babylab, un deuxième Fablab a vu le jour à Yopougon et d’autres ‘’espaces-partage’’ existent en Côte d’Ivoire. N’étant pas forcément des Fablab, ces espaces ‘’véhiculent la philosophie des logiciels libres et travaillent sur des thématiques qui tournent autour du numérique pour favoriser l’éclosion d’une économie numérique en Côte d’Ivoire’’.

Koné SAYDOO

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