Docteur Marie Paule Kodjo est présidente de la coordination des femmes de Côte d’Ivoire pour les élections et la reconstruction post crise : COFEMCI/REPC après la dissolution de la Conariv

Publié dans Interviews
jeudi, 06 juillet 2017 00:00
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« Voici comment Ouattara peut réconcilier les Ivoiriens ? »

Docteur Marie Paule Kodjo est présidente de  la coordination des femmes de Côte d’Ivoire pour les élections et la reconstruction post-crise (Cofemci / REPC) et également de l’ONG Playdoo ci. Dans cet entretien elle parle de la réconciliation nationale.

Vous avez été la conseillère du président de la CDVR, l’ex premier ministre monsieur Charles Konan Banny. Des Ivoiriens la CDVR estiment que la CDVR  a été un gâchis, et que  des sommes importantes ont été gaspillées.    Que leur répondez-vous ?

Je leur réponds de façon  très claire parce qu’il y a beaucoup d’incompréhension. La CDVR qui est la Commission dialogue vérité et réconciliation est une structure qui a été initiée par le chef de l’État dans sa volonté de réconcilier les Ivoiriens. La CDVR avait pour rôle de faire  le diagnostic des maux qui ont entrainé les différentes  crises et faire des propositions ou des recommandations pouvant amener les Ivoiriens à la réconciliation, et c’est ce que la CDVR a fait. Je me souviens que le professeur Sery Bailly a fait un séminaire à Yamoussoukro à cet effet. La CDVR a  très bien travaillé.  Je le dis  parce que j’y travaillais et qu’à l’instar de tous les travailleurs de cette institution, nous avons vécu, et participé à toutes les activités. J’étais conseillère chargée  des organisations non gouvernementales. En cette qualité,  nous avons (les autres conseillers et moi-même avec à la tête de la sous-commission, (notre présidente) avons initié la création  des plateformes d’ONGs locales, partout dans le pays. Celles-ci  avaient pour mission d’expliquer  aux populations, et aux associations  des victimes, le rôle et les missions de la CDVR. Un séminaire a même été organisé à YAMOUSSOKRO avec près de 100 ONGS, à la fin duquel les organisations de la société civile se sont engagées à accompagner la CDVR. Puis, CDVR  locales ont été mis en place  dans toutes les régions du pays. Avec les membres des organisations de la société civile, nous avons initié des missions de prospection, pour nous imprégné des spécificités de chacune de nos régions .Des renforcements de capacités de 350 agents ont été faits, et ce, à maintes reprises, afin d’avoir des agents très bien formés. A l’ intérieur du pays , des bâtiments abritant les Cdvr locales ont été trouvés , aménagés etc…Une plateforme technologique créée à ABIDJAN, des formulaires comprenant des questions précises  sur l’ identité des victimes, la nature  de leur agression, les noms des témoins etc… ,ont été dupliqués en plus 10 .000copies. Des consultations (qualitatives et quantitatives) des populations ont été mises œuvre, pour savoir la période choisie  et les attentes. C’est après tout ce processus, que la CDVR, tout en faisant des campagnes de sensibilisation, appelant les victimes à se faire recenser dans les sites mis à leur disposition, que les enquêtes et auditions ont commencé. Des milliers de victimes ont été auditionnées par nos agents, et les fiches renseignées. Toutes ces données ont été envoyées par voie informatique à la plateforme technologique à la CDVR CENTRALE à ABIDJAN ou une équipe d’informaticiens aguerris, traitaient les informations en respectant LES DEGRES D’ANONYMAT. En dehors de ces activités, parallèlement, les autres commissions travaillaient .Nous avons respecté les missions qui nous étaient assignées et   Les  différents rapports ont été remis officiellement au Président de la République. Nous étions tous conscients de l’importance de notre mission, et nous nous sommes vraiment impliqués .Certains agents de la CDVR ont acquis une expertise leur permettant de faire des consultances hors côte d’Ivoire.

 

Après  Commission nationale pour la réconciliation et l’indemnisation des victimes (Conariv)  a pris la relève de la Cdvr. Quel regard jetez-vous sur cette commission qui vient de rendre également le tablier ?

 Après la CDVR,   Le chef de l’Etat, dans sa même volonté de commencer la réparation des victimes et aller à la réconciliation, a  initié une seconde commission, dénommée commission nationale pour la réconciliation et l’indemnisation des victimes : la CONARIV. La CONARIV a RE analysé, puis compilé les données. La Conariv a également fait des contrôles, dans la mesure où il y avait beaucoup de « fausses victimes » appâtées par les indemnisations. Ensuite, l’institution a remis  son rapport au président de la République. Mme la Ministre chargée de l’indemnisation des victimes a commencé à mettre son programme en œuvre. Pour les victimes, le processus est un peu lent, pressées qu’elles sont de sortir de leur « galère » ! Ce n’est pas forcément de l’argent que les victimes attendent ! .Certains ont besoin d’appui psychologique, d’autres que l’Etat reconstruise leur maison, dans certains cas, on peut faire des réparations collectives etc…. Ce n’est donc pas forcement de l’argent. L’Etat ne peut pas « payer » toute la Côte d’Ivoire ! Pourquoi l’Etat ne prend-il pas les orphelins du fait de la crise comme « pupilles de la nation » ? La prise en compte des PDI (personnes déplacées internes)  est aussi un problème important.

Selon vous quelles sont les vraies clés de la réconciliation en Côte d’Ivoire ?

 La réconciliation est un processus qui prend du temps. Beaucoup a été fait, mais il reste beaucoup à faire. La priorité, doit aller aux victimes qui souffrent dans leur « chair », à ceux qui ont tout perdu, et qui se sentent oublis. L’Etat a ce devoir et en est conscient, de réhabiliter la communauté des victimes,  Parce qu’il y a beaucoup de victimes qui se sentent oubliées, et se sentent  frustrées. Les problèmes intercommunautaires existent encore. Plusieurs exemples nous interpellent ! Des politiciens se servent de ces conflits en mettant de l’huile sur le feu. Prenons garde, de ne pas retomber dans un passé qui nous a tous traumatisé ! NOUS devons prendre conscience que la réconciliation est l’aboutissement de l’effort de tout un chacun, l’Etat doit faire sa part, mais chacun d’entre nous devons également faire notre part. Ma proposition au Président de la REPUBLIQUE, serait la mise en œuvre d’un forum. Les responsables des associations des victimes, et ceux représentant les forces vives de la NATION, et les organisations de la société civile ayant déjà travaillé dans le domaine de la JUSTICE TRANSITIONNELLE seraient mis ensemble, pour réfléchir  sur des pistes de solutions durables pour une vraie réconciliation.

D’aucuns vous diront qu’il y a déjà eu le forum national de la Réconciliation qui n’a pas donné les résultats escomptés…

Le Forum que je préconise, sera organisé avec des termes de référence précis, remis aux intervenants et aux participants. Afin que ceux qui viennent parler et ceux qui y participent, aient dans l’esprit la recherche de la vérité, et surtout la volonté de trouver des solutions durables pour que les Filles et Fils de notre pays aillent à la RECONCILIATION ; énumérer des griefs qui sont certes, légitimes ne nous permettrait pas  de tourner la page. Cependant, les recommandations de ce forum devront être prises en compte. Nous devons tout faire pour ôter la haine de nos cœurs, pour aller de l’avant. Une chose est certaine, ce processus sera long, mais nous devons avoir cette volonté de pardonner, d’oublier, et de se retrouver dans la concorde et la PAIX. N’oublions pas que les FEMMES, peuvent  agir très efficacement dans le sens de la réconciliation, elles l’ont déjà prouvé.

Propos recueillis par A.TRAORE

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